Editorial avril-mai-juin

Il y a déjà eu un « avant » et un « après » 11 septembre 2001, il y aura malheureusement la même démarche après le 7 janvier 2015, date des attentats contre « Charlie Hebdo » et le magasin « juif » à Paris.Nous constatons avec stupeur, dégoût, horreur et indignation, que d’un côté, des laïques pacifistes s’expriment avec des crayons et de l’autre des terroristes islamistes à la kalachnikov. Même si parfois le côté répétitif des caricatures
de Mahomet dans Charlie Hebdo peut agacer certains musulmans, certains catholiques et d’autres encore, cela n’empêche que le critique et la liberté d’expression existent pour tous. Ne sommes-nous pas libres d’en rire ou de remettre en cause le fond, la forme et la manière mais jamais de censurer !

Tuer pour faire taire ? Non, jamais ! On ne peut remettre en cause les libertés de penser, de religion, d’expression. Nous ne pouvons accepter ces agissements inhumains, arbitraires, irresponsables, antisémites et
barbares de ces fous furieux. Bien entendu, je ne veux pas faire des amalgames et mettre sur le même banc ces « barbares » et les musulmans
respectueux des valeurs humanistes !

Alors quel sera l’après ! Que reste-t-il de l’émotion de la grande mobilisation citoyenne dans les rues de Paris et des grandes villes de par le monde où nos
valeurs laïques étaient défendues (± 5 millions de personnes dans les rues de Paris soit 4 fois plus que lors de la manifestation s’indignant de la présente de Jean-Marie Le Pen au 2e tour des élections présidentielles) ?

Malheureusement, l’engouement et l’exaltation sont vite retombés, car dès le 12 janvier, une élève de 15 ans du lycée technique de Châteauroux fut tabassée par ses condisciples pour avoir écrit sur sa page Facebook des messages louant la tolérance et la laïcité. D’autres adolescents refusent de participer à la minute de silence organisée à la mémoire des caricaturistes de Charlie Hebdo.

Puis, vint l’épisode danois où une conférence prônant la liberté d’expression, la tolérance vire au cauchemar. Ensuite, le volet verviétois ou deux jeunes fanatiques perdent la vie alors qu’ils fomentaient un attentat et recrutaient
des jeunes pour un « eldorado » guerrier en Syrie.

Alors, ont-ils réussi à nous faire taire ? Peut-être, car, lorsque l’on veut organiser des conférences, des colloques, des ateliers de réflexions sur la liberté d’expression, la laïcité nous devons nous faire protéger par la police
voir l’armée.

Alors, redressons la tête haute et continuons à être fier de nos valeurs humanistes et laïques. Pensons à l’avenir de nos enfants et préservonsles
de la peur, de la terreur. La tolérance, la compréhension, la connaissance de l’autre doivent nous enrichir.

Je terminerai en citant André Comte-Sponville, publié dans Libération le 11 janvier 2015 : « Ces salauds d’assassins ne nous empêcheront pas d’aimer la vie, la liberté, le rire. Le blasphème fait partie des droits de l’Homme. L’humour, des vertus du citoyen ».
Peur ou fierté, à vous de voir !

Pierre Léonard,
Président