Editorial de avril-mai-juin 2010

Chers amies et amis de la Morale Laïque,

C’est ce 10 mars 2010 que l’Assemblée Générale m’a transmis le flambeau de la présidence de notre association. Permettez-moi de vous remercier sincèrement pour la confiance qu’à travers elle, vous m’avez accordée.

Il m’appartient naturellement de rendre hommage, au nom de tous, à ma prédécesseur Irma Bindelle, pour l’immense dévouement qu’elle a manifesté envers les AML-Verviers durant près de 30 ans. Irma, que l’on ne présente plus, a en effet piloté notre association, quasi sans interruption, depuis 1982. A cette époque, les AML représentaient l’unique rempart associatif de la libre pensée à Verviers et assumaient l’ensemble des missions de soutien à l’enseignement du cours de morale laïque, de défense de la laïcité et d’organisation de la Fête de la Jeunesse Laïque. L’énergie déployée par « ce petit bout de femme » pour défendre nos valeurs devant toutes les instances nécessaires a toujours surpris et je peux témoigner qu’elle a maintenu son implication jusqu’à ce jour, avec la même constance.
Du statut de seul rempart de la laïcité, il fallut néanmoins négocier les délicats tournants que furent la reconnaissance officielle de notre courant philosophique ainsi que la création d’une Maison de la Laïcité dans l’arrondissement de Verviers. Du point de vue de notre association, force est de reconnaître que de tels changements du paysage laïque n’étaient pas sans risque mais, avec le recul, je dois bien admettre que ces évolutions laissent à Verviers une structure laïque soudée, robuste et d’un indéniable dynamisme.
Pour tous ces acquis de la laïcité verviétoise et les magnifiques résultats obtenus, dont ceux qui sont à jamais gravés dans le cœur de tous les enfants fêtés depuis 30 ans, je tiens, Irma, simplement à te dire merci. Tu nous as déjà assuré de ta disponibilité pour, à l’avenir, continuer à soutenir notre association, mais je sais aussi que de nouveaux projets trottent dans ta tête et qu’il n’est pas encore né celui qui domptera ton enthousiasme !

Succéder à Irma est bien sûr une gageure. Mais j’ai déjà pu constater que je ne serai pas seul. Une équipe tant rodée qu’engagée contribuera, pour de nombreuses années je l’espère, à assurer le rayonnement de la Libre Pensée jusqu’à nos jeunes générations.

Les jeunes, ceux qu’on ne peut arracher à leurs lectures, leurs écrans, … ou leurs réflexions, ceux à qui l’on doit nos premiers cheveux blancs, ceux que l’on croise en bande dans les rues, ceux qui chantonnent sans vous voir, ceux qui parfois parlent fort dans le bus, ceux qui tantôt s’esclaffent, tantôt vous « tirent la tronche » comme ça, pour un rien, ceux qui ne savent jamais se lever ou se mettre à table « en même temps que tout le monde », ceux aussi qui se racontent le monde en catimini, tous ces jeunes sont ceux des autres, sont les nôtres, sont eux-mêmes. Pas facile d’être tiraillé entre tout cela. Pas facile de découvrir ce qui se cache derrière Papa et Maman, de sortir de son petit cocon, de s’exposer, de s’assumer en tant qu’individu. Pas facile de s’ouvrir à la société. Eh pourtant, c’est bien de cela dont il est question lorsque l’on célèbre le passage de l’enfance à l’adolescence : l’envol. Progressif certes mais de plus en plus impérieux pour ces jeunes qui, lassés d’observer, n’aspirent qu’à la liberté. Mais là aussi, la clé, c’est apprendre ! Car s’il faut apprendre à comprendre, il faudra comprendre qu’il faut apprendre … et accepter certaines contraintes. Car au-delà de soi, il y a l’autre : son meilleur ami, son pire ennemi et puis tous les autres…
Si, pour la Fête de la Jeunesse Laïque 2010, nous avons proposé le thème du vingtième anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, c’est bien sûr pour rappeler aux jeunes qu’eux-mêmes, et ceux qui leur ressemblent, ont des droits et qu’ils peuvent les revendiquer. Mais c’est surtout pour leur faire prendre conscience, à leur échelle, que ces droits ne sont là que pour faire ouvrir les yeux à ceux qui vivent sans soucis majeur, à ceux qui décident, à ceux qui ont les moyens et le pouvoir de changer les choses,… à eux aussi, bientôt. Bénéficier d’un droit, c’est toujours imposer un devoir à autrui. Accorder un droit, c’est toujours s’imposer des devoirs. Elle est déjà bien plus floue la fameuse liberté prônée dans l’insouciance !

La mise en œuvre et le respect des Droits de l’Enfant semblent couler de source, vu de son salon. Droits à la vie, à l’éducation, à l’épanouissement, à la protection,… quoi de plus naturel en somme pour ce qui est si précieux, et pourtant si fragile ? Toutefois, sur le terrain, comme le montre à l’envi certains articles de ce numéro, force est de constater que c’est un idéal encore bien lointain. Pour nos enfants, généralement heureux et protégés, ces droits sont clairement des devoirs, devoirs d’y réfléchir d’abord, de se positionner ensuite, librement, mais surtout d’agir concrètement. Non décidément, la Libre Pensée n’est pas la liberté de ne rien faire, mais plutôt de choisir, après avoir porté son propre jugement, ce qu’il y a lieu de faire, pour bien faire.

Soyons assurés que la réponse des jeunes ne manquera pas de nous surprendre. Alors venez nombreux, ce dimanche 2 mai 2010, à la Fête de la Jeunesse Laïque de l’arrondissement de Verviers.

Bruno Boxho