Editorial de janvier-février-mars 2011

Chères amies, chers amis de la Morale Laïque,

Nous tournons en rond ! C’est une évidence, nous tournons en rond. À plus de cent mille kilomètres à l’heure, certes, mais nous tournons en rond. Dans ce grand vide sidéral qui entoure notre étoile, nous fonçons, sans rien contrôler, agrippés tous ensemble à cette minuscule sphère rocheuse de seulement mille milliards de kilomètre cube. Un fétu de paille à l’échelle de l’infini. En ressentons-nous quelque angoisse ? Non !

Car pour nous rassurer, nous avons inventé un remède, « le » remède, imparable : nous changeons de calendrier ! Quelle merveilleuse invention que ce calendrier. D’abord, puisque nous le choisissons, il nous donne l’impression d’y être pour quelque chose, d’avoir notre mot à dire, d’y imprimer notre personnalité : l’année qui vient, elle a l’air chouette, elle me ressemble, elle me plaît déjà. Ensuite, ce nouveau calendrier, il remplace l’ancien. Celui qui est vieux, celui qui est moche et trop plein de peines, de rendez-vous sans importance et de notes déjà effacées. Ce nouveau calendrier, lui, m’attire, il m’inspire, m’incite déjà à le meubler, à l’aménager, à le couvrir de rendez-vous sympas, d’échéances cruciales et de périodes de vacances.

Changer de calendrier, n’est-ce pas nourrir l’espoir ? L’espoir que le futur sera différent. L’espoir que, forcément, notre vie va se poursuivre, voire changer, en mieux bien sûr, en plus « fun », en plus classe, en plus « hot » peut-être. Et pourtant, dans un an, nous changerons de calendrier. La terre sera à nouveau au même point. Et nous ?

Au moment où, un peu par habitude, nous souhaitons tout et n’importe quoi à tout le monde, ne serait-il pas heureux de marquer une petite pause et d’ouvrir nos yeux ? D’ouvrir nos yeux, sur nous-mêmes d’abord, de faire le bilan de nos qualités et de nos défauts, de nos succès et de nos échecs, de nos aspirations et de nos aversions ? D’ouvrir les yeux sur le monde, ensuite, là où la terre a tremblé, là où la mer a englouti, là où la pierre a enseveli, là où le vent à arraché, là où le feu s’est nourri… aux dépends des hommes ? D’ouvrir les yeux également sur ce monde, là où nous vivons, là où nous habitons, là où nous travaillons, là où nous nous amusons, là où nous consommons ? D’ouvrir les yeux, enfin, sur nos mains et de nous demander ce que réellement nous choisissons d’en faire ?

Il est piquant de constater que le mot « vœu » ne vient pas de « vouloir » mais de « voter ». Formuler un vœu, c’est choisir ! Choisir d’agir ou de renoncer. Choisir de vivre ou d’observer. Choisir de rire ou de pleurer. Choisir d’aimer ou de blesser. Choisir de soutenir ou d’abandonner.

Alors en ce début d’année, je vous invite à faire un vœu, ou plusieurs si vous vous en sentez capable. Un vœu que vous aurez à cœur de mettre en œuvre, et non d’attendre qu’il se réalise. Un vœu qui ait du sens pour vous-même, pour votre entourage, pour votre environnement ou pour les autres en général. Un vœu qui fera que dans un an, la terre étant à la même place dans l’univers, l’humanité, elle, n’y soit plus tout à fait.

Qu’il me soit permis ici de remercier nos membres et les membres de notre comité, pour leur implication efficace dans notre association. Ils ont choisi de donner une part de leur temps, de leurs moyens et/ou de leur énergie à des jeunes de notre société, pour les aider dans la lente mais périlleuse démarche qui conduit à la libre pensée et au respect de l’autre. Ils ont choisi d’épauler les véritables adultes de demain. Ils ont choisi, c’est à vous maintenant… Bonne et efficace année 2011 !

Bruno Boxho