Editorial de janvier-février-mars 2013

Chères amies, chers amis de la Morale Laïque,

Au cours du dernier trimestre 2012, ce ne sont pas moins de sept associations laïques de la région (Maisons de la Laïcité de Malmedy, Pepinster, Stavelot, Theux et Verviers, Cercle la Raison de Spa et, bien sûr, les AML Verviers) qui voyaient se concrétiser leur projet LaïCity après deux années d’intenses préparatifs, d’échanges de carnets d’adresses, de contributions personnelles, voire de choix téméraires. A l’initiative de Michaël Henrard de la ML de Theux, ces associations ont ainsi fait la démonstration que, si la distance géographique, voire les tranches d’âge du public concerné, justifiaient leurs existences propres, un même esprit laïque les animait effectivement, esprit de libre pensée, de tolérance, de dialogue et de respect mutuel. Si la communication de l’événement était principalement axée sur les conférences-débats de chaque Maison de la Laïcité participante, sur le colloque de l’Abbaye de Stavelot et le débat inter-convictionnel de l’Espace Duesberg de Verviers, il conviendra de ne pas oublier de cette première édition, la large diffusion auprès des plus jeunes, et sous forme ludique, des valeurs démocratiques. C’est bien entendu dans ce cadre que les AML Verviers ont donné le meilleur de leur contribution et je vous laisse découvrir en image, dans ce numéro, le compte rendu des activités « DémocraCity » et « Expli-City », organisées par votre association.

Parmi les nombreuses réflexions émises durant cette prolifique période, je dois bien avouer que l’intervention du représentant de la religion catholique, monsieur Eric De Beukelaer, lors du débat de l’espace Duesberg, m’est plus particulièrement restée (en travers de la gorge). Invité à s’exprimer sur l’école, l’ex-porte-parole de l’Archevêque de Maline-Bruxelles trouvait parfaitement naturel d’affirmer que « l’école, telle que prévue dans la Constitution, c’est d’abord le réseau libre, l’enseignement officiel n’étant là que pour suppléer au libre dans les régions où il ne serait éventuellement pas présent ». Ainsi, c’est donc comme ça qu’« ils » le voient, l’enseignement officiel ; un bouche-trou, un simple pis-aller de leur « excellent » réseau. La sacrilège concurrence de nos écoles communales, provinciales, communautaires, Athénées et Lycées n’aurait pas lieu d’être dans les communes où Monseigneur a jeté son dévolu, ou devrait immédiatement disparaître dès que la très sage et parfaite Manus Dei estime opportun de dispenser sa vérité à la populace. Ouftî ! Et dire qu’on m’avait un temps laissé entendre que le susnommé De Beukelaer incarnait un certain progressisme au sein de l’Église catholique belge !

Relecture de la Constitution, en son article 24 : « § 1 L’enseignement est libre […]. La communauté assure le libre choix des parents. La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves. Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’obligation scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle. § 2. Si une communauté, en tant que pouvoir organisateur, veut déléguer des compétences à un ou plusieurs organes autonomes, elle ne le pourra que par décret adopté à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés. § 3. Chacun a droit à l’enseignement dans le respect des libertés et droits fondamentaux. L’accès à l’enseignement est gratuit jusqu’à la fin de l’obligation scolaire. Tous les élèves soumis à l’obligation scolaire ont droit, à charge de la communauté, à une éducation morale ou religieuse. […] ». Sous cette lumière objective, on peut se demander combien de dérogations a dû obtenir l’enseignement libre pour être reconnu conforme au texte fondateur de notre pays ? Non décidément, « bonne parole » et « bonne foi » ne semblent pas dans le camp de ceux qui se les arrogent. Mais que l’on se rassure, à l’issue du débat, monsieur De Beukelaer aurait indiqué, en « off », qu’il « n’avait pas été très performant » sur la question de l’école. Ce manager de la foi aurait tout aussi bien pu se trouver peu pertinent. Aussi, je l’invite à peaufiner sa défense du libre car les jésuites, et l’Église en général, nous avaient habitués à un peu plus de subtilité.

C’est donc sur ces humbles paroles, que je vous souhaite, à tous et à toutes, le meilleur pour l’année nouvelle, en espérant que 2013 vous maintienne vigilants et actifs à la défense des valeurs qui nous sont chères.

Bruno Boxho

Président des AML Verviers