Editorial de juillet-août-septembre 2012

Chères amies, chers amis de la Morale Laïque,

Malgré le temps maussade, la fête de la jeunesse laïque de ce 6 mai 2012 a rassemblé nombre d’enfants ensoleillés et de parents radieux ainsi que tant de sympathisants et représentants d’associations laïques venus de toutes les communes de l’arrondissement, voire des confins de notre belle province.

Mais pourquoi rassembler tout ce monde ? Pourquoi organiser une fête de la jeunesse laïque ? « Pour fêter le passage de l’enfance à l’adolescence ! », pourrais-je répondre, presque mécaniquement. Mais il y aura toujours quelque esprit chagrin pour remarquer que 12 ans ne correspond pas à l’âge de la puberté pour bien des enfants. Comme si l’adolescence se limitait à cela…  D’autres se satisferont de l’affirmation qu’il faut bien « faire le pendant des communions » pour ces élèves qui suivent le cours de morale…

Que chacun se fasse naturellement sa propre opinion ; pour ma part, je pense que la volonté du mouvement laïque d’organiser une telle cérémonie a depuis longtemps dépassé, si tant est qu’il l’a eu un jour, le stade de ces constatations basiques. De mon point de vue, la Fête de la Jeunesse Laïque (FJL) a maintenant une identité propre, un sens original qui s’inscrit pleinement dans l’esprit du mouvement laïque : pour les jeunes gens fêtés, c’est la reconnaissance, par leur famille et la société, de l’amorce du délicat exercice de leur liberté !

Rien à voir donc avec les hormones. Rien à voir non plus avec une gentillette présentation de ce qui a été bien appris au cours de morale. Rien à voir enfin avec une prétendue concurrence à une cérémonie religieuse célébrée par certains au même âge ; car la FJL ne demande aucun engagement de l’enfant. Non pas que l’engagement soit inconciliable avec la jouissance de ses libertés, mais parce qu’il est nécessaire qu’en toute chose, la liberté précède l’engagement. Seuls des hommes et des femmes libres peuvent valablement s’engager ; sans liberté, l’engagement n’est que servitude. Que ce soit dans le mariage ou la vie de couple, dans le travail ou les combats, au sens propre comme figuré, ou dans ses choix philosophiques,… celui qui, en adhérant, n’est pas réellement libre (de cette liberté raisonnée, consciemment construite, soupesée dans le respect de soi et d’autrui), se retrouvera immanquablement pris dans un engrenage qui annihilera tout germe de personnalité.

Oui, il est essentiel, selon moi, de marquer le passage de l’enfance à l’adolescence. Oui, il est essentiel de reconnaître, comme parent, que son enfant, à 12 ans, peut commencer à dévier de la ligne que l’on pense idéale pour lui, de faire ses essais, ses expériences et des erreurs, que ses propres choix prennent progressivement plus de valeur et plus de poids que ceux de toute autorité, fût-elle bienveillante. Oui, il est essentiel que l’enfant reçoive clairement ce message, notre soutien et nos encouragements à repousser les limites, à s’exercer à la critique et la contestation, à tenter d’imaginer ou de réaliser l’impossible. Alors, sans doute, lorsqu’il s’engagera seul dans la vie, méritera-il, davantage encore que nous-mêmes, le titre de citoyen.

Bruno Boxho

Président des AML Verviers