Editorial de juillet-août-septembre 2013

Voici maintenant plus de 3 ans que je vous abreuve trimestriellement de quelques réflexions qui tantôt expriment ma révolte, tantôt disent mon émerveillement, tantôt veulent prendre du recul par rapport au monde où nous vivons. Je ne sais si celles-ci vous ont « saoulé », enchanté ou agacé, mais il est toujours agréable, pour celui qui confie l’objet de ses pensées, d’en ressentir l’écho auprès de ceux qu’il rencontre.

Rencontres, on en fait de toutes sortes et sur tous les modes. Discussions en face-à-face, appels téléphoniques, échanges de courriels ou de courriers,… Le visage des relations entre les hommes décidément recèle mille facettes. Mais il me tient à cœur aujourd’hui de répondre à une personne que je n’ai jamais vue, jamais entendue, dont je ne connais ni le nom, ni la face, ni l’adresse, ni le moindre de ses nombreux numéros, et qui pourtant m’a interpelé. Comment, me direz-vous ? Mais par le sondage anonyme que nous effectuons peu après la FJL auprès de chaque enfant fêté et de leurs parents afin de nous assurer du plein succès de notre organisation. Dans l’immense majorité des cas, les témoignages que nous récoltons sont autant de moissons de chaleureux encouragements ou adressent l’un ou l’autre élément de forme spécifique (oui, je vous confirme que le son au Grand Théâtre est bien mon pire cauchemar !). Rares sont ceux toutefois qui m’interpellent sur le fond de la FJL.

« J’aurais aimé entendre le mot « responsabilité » prononcé par les enfants et je m’étonne que vous ne le leur ayez pas faire dire », m’écrit un parent entre deux encouragements. Responsabilité… Effectivement, je n’ai pas entendu ce mot au cours du spectacle intitulé cette année : « Quelles libertés pour demain ? ». Il faut savoir que sa préparation ne vise en rien à imposer, imprimer ou apporter des valeurs supplémentaires aux enfants participants – nous n’avons aucun catéchisme à leur apprendre ! -, ni à les contraindre de réciter des messages dictés par des adultes. Elle vise simplement à leur demander de réfléchir et de répondre ensemble, librement, avec leur vision de 12 ans et compte tenu de leurs acquis, à une question qui se posera à eux dès l’adolescence. Ce n’est donc pas une leçon du cours de moral qu’ils présentent, mais ce qu’il leur a laissé. Même si nous faisons appel à un metteur en scène professionnel pour le travail de la forme, nous veillons à intervenir le moins possible pour que le fond et les idées proviennent des jeunes eux-mêmes ; et pas d’un seul, mais de tous !, dans la mesure du possible. Dès lors, je dirai simplement que, si ce mot « responsabilité » n’a pas été prononcé cette année au cours du spectacle, c’est tout simplement qu’il n’est pas spontanément venu à l’esprit des enfants. Mais ne nous ont-ils pas fait la démonstration de leur appréhension très responsable de la notion de liberté ? Et cela ne vaut-il pas tous les discours ?

Ceci étant, cette remarque me pousse toutefois à m’interroger sur la place de ce mot dans le cadre d’une fête, voire du mouvement laïque. Bien qu’il m’apparaisse éminemment souhaitable de tendre à devenir un être responsable, je me demande si, selon son approche philosophique, il y a réellement différentes manières de comprendre cette notion. De plus, tant dans la revendication d’une nette séparation des Eglises et de l’Etat, que dans celle du droit à penser et à se construire librement, je ne perçois pas clairement la spécificité laïque à affirmer l’importance d’assumer ses responsabilités. Mais je m’en voudrais de ne pas vous inciter à vous faire votre propre opinion sur le sujet et à m’en faire part, le cas échéant.

D’ici là, permettez-moi de vous souhaiter, au nom du Comité, d’excellentes vacances à toutes et à tous.

Bruno Boxho

Président des AML Verviers