Quand les AML se font « passeurs de lumière »

C’est sous un ciel incertain, en cette fraîche matinée de ce 6 août 2011, qu’un petit groupe d’AML décidés s’étaient donné rendez-vous devant la Maison de la Laïcité de Verviers. Pour plus de convivialité, le covoiturage s’imposait jusqu’à notre destination : la cristallerie du Val Saint Lambert, haut lieu wallon de l’art de convertir le plomb en lumière.

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Après un parcours sans encombre sous un soleil timide, nous sommes chaleureusement accueillis à la réception du château. Le décompte des jeunes, des moins jeunes et de ceux qui, dans notre association, se situent entre ces deux âges étant effectués, nous sommes confiés aux bons soins de notre guide. D’emblée, nous apprenons que l’actuel propriétaire de la cristallerie n’est autre qu’un investisseur, détenteur notamment du célèbre Château Margaux ; son fils assure personnellement la gestion et le redéploiement de la cristallerie. Notons tout de même que, vu les turpitudes économiques du site depuis le milieu des années septante, la marque de fabrique « Val Saint Lambert » ainsi que des moules, restent la propriété de la Région wallonne.

 

 

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Alors que nous déambulons sur le site de 70 hectares, nous apprécions l’important travail de rénovation et de reconversion des bâtiments historiques, le dernier en date étant la salle d’accueil des visiteurs de l‘ancienne abbaye, dont les voûtes et les sculptures de pierre le méritaient amplement. D’autres chantiers attendent néanmoins le mécène, dont l’affaissement d’un jardin-musée dédié au cristal…

Une petite montagne de tessons multicolores nous rappelle l’importance de la précision du geste du verrier qui n’a pas droit à l’erreur dans sa réalisation de pièces en cristal pur, celui-ci ne pouvant être refondu, sous peine de perdre de sa transparence.

Nous pénétrons enfin dans l’usine proprement-dite. Sous un premier hangar, nous tombons nez-à-nez avec un vénérable camion de pompier3 hippomobile qui semble s’être réfugié là, rudemment à l’écart, au cours du dernier ince

ndie du château en 2006. Dans l’atelier principal, nous apprenons que le « Val » se fait aussi un point d’honneur à maintenir le savoir-faire associé à la création et à la production des principaux outils nécessaires au travail du cristal : secrets de fabrication et sécurité d’approvisionnement de cette activité multi-centenaire obligent ! Quelques indiscrétions nous en apprennent également un peu plus sur les colorants utilisés, mais là aussi, notre guide nous fait promettre le silence…

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Enfin l’atmosphère se réchauffe, se réchauffe même vraiment !, car nous pénétrons dans l’atelier de démonstration. Sans attendre, un maître-souffleur, comme il n’en existe que 12 encore au « Val », se met au travail dans le mutisme de sa concentration. Balai de gestes simples mais précis ; chorégraphie d’outils, pourtant si rudimentaires ; températures accablantes ; et voici que se matérialise sous nos yeux médusés, une pièce de cristal si fine et si aboutie que nous percevons immédiatement le sens du mot « œuvre ». Pour ceux qui n’ont pu être là, il m’est malheureusement impossible de décrire plus avant ce moment magique, empreint de chaleur, de lumière, de savoir-faire et de beauté, car le vocabulaire me manque !

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Laissant à regret l’opération de soufflage, nous longeons un énorme four éteint, tel un Gulliver étendu, assoupi, mais ficelé de câbles électriques en tout genre par des lilliputiens fermement décidés à le maîtriser dès son réveil.

Les salles se font plus lumineuses ; c’est que nous entrons dans le monde de la taille. Richement informés sur cet autre pan de l’art du cristal, nous ne verrons malheureusement pas, vacances obligent, un de ces maîtres au travail, mais resterons songeurs devant le film didactique illustrant ce métier. Pas de machine-outil, ni d’ordinateur ici non plus. Le « Val »  est fier d’encore travailler à l’ancienne, revendiquant une œuvre entièrement « faite-main » et honorant ainsi tous ces jeunes gens qui ont vu leur conditions sociales transformées en découvrant l’art du trait à la prestigieuse école de dessin de la fabrique. Nous distinguons au loin un ouvrier affairé, mettant la dernière main au polissage d’une impressionnante commande, dernier caprice d’un richissime sultan indien ou d’une odalisque trop gâtée, rêvons-nous. Laissant reposer l’atelier de gravure et ses incompréhensibles instruments de reproduction pantographique, nous quittons à regret ce temple de l’art industriel et regagnons le château.

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Dans des locaux tout réaménagés, nous reprenons notre souffle en découvrant le petit film retraçant l’histoire et la vie au Val Saint Lambert : les origines, ses premiers balbutiements, son développement prestigieux,… puis son déclin. Nous entendrons ses hommes, ses femmes et ses enfants : leur fierté, leurs souffles, leurs espoirs, leur malaise, puis leurs cris. Quel merveilleux écho aux paroles de notre amie Nicole Brayeur qui, l’année passée, nous faisaient revivre, le temps d’une escapade, l’évolution industrielle de notre cité lainière.

7Comme nous nous égayons à travers les splendides collections musicales ou historiques du musée du cristal, nous échangeons nos impressions sur cette magnifique aventure humaine et technologique, qui a su transformer le plus banal des objets utilitaires en œuvre d’art…

 

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Après une agréable promenade apéritive à travers la cité ouvrière des « 1000 », reconvertie en logements sociaux exemplaires, nous nous dirigeons sans hâte vers l’ultime étape de notre odyssée : une bonne brasserie, qui finit d’étancher délicieusement notre soif de culture locale.

Merci à Irma, Denise, Évelyne, Bernadette, Laurence, Salomé, Sibylle, Sasha, Guy, Pierre, Adrien et Jean pour cette magnifique journée en votre compagnie.

Bruno Boxho